lundi 19 avril 2010
Jour 12 / dimanche / Villafranca Montes de Oca / 18 km / total 253 km
Après seulement 12 jours de marche, c'est surprenant de constater comment notre perception de chaque journée à entreprendre est différente.
Au début, nous marchions des kilomètres. Maintenant nous marchons tout court. Notre point d'arrivée étant établi en fonction de nos capacités du moment, nous évaluons l'heure approximative à laquelle nous atteindrons notre objectif. Tant que nous mettons un pied devant l'autre, nous savons que tout va bien. Parfois plus lent, parfois plus rapide. Ça n'a plus d'importance, nous avons tout notre temps.
La brume est à couper au couteau mais il ne pleut pas. Ce n'est pas long qu'il faut enfiler les ponchos mais la pluie est légère. Cela rend certaines parties du sentier passablement vaseuses. Heureusement, jamais assez pour nous mouiller les pieds.
Contre toute attente, un bar est ouvert à Espinosa del Camino et nous y entrons sans réfléchir. Le cafe con leche est délectable. Plus agréable encore est de réaliser que nous sommes à trois kilomètres et demi de Villafranca et il n'est qu'onze heures trente.
En quittant le bar, le soleil est de la partie et enfin la brume se dissipe. Nous nous gavons de nos premiers paysages de la journée.
L'auberge du village est très convenable et tout est fonctionnel. L'eau chaude ne manque pas, la cour est très belle avec les collines tout près et le dortoir est convivial. Nos amis français de la veille sont à quelques lits de nous et nous nous promettons de boire un coup ensemble au souper et nous avons chacun une bouteille pour l'occasion.
Lorsque nous sortons pour arpenter le village, Marita notre petite australienne passe dans la rue, sac au dos. Le lien que nous avons avec elle est particulier et nous nous revoyons toujours avec une joie immense.
Il est presque 18:00 et nous nous mettons à table pour prendre un verre de rosé. Finalement, Claude et Henri se joignent à nous et nous mettons toutes nos provisions en commun pour le souper. Pendant près de deux heures nous mangeons et discutons. Je n'aurais jamais cru faire ce genre de choses mais ça se fait tellement sous le coup de la spontanéité et de la franche camaraderie que ça en devient presque naturel et normal sur le chemin de Compostelle.
Les grands dortoirs ont leurs inconvénients. Il est 21:30 et un homme se rase avec son rasoir électrique plutôt que d'aller à la salle de bain. Un autre écoute sur son balladeur ce qui semble être un match de foot et le son est si fort dans ses écouteurs qu'on peut pratiquement entendre la description. D'autres parlent comme en plein jour. Ils ont tous un point en commun : ils sont espagnols.
Encore aujourd'hui, quelqu'un a dit qu'il ferait beau demain. On sait que ça finira bien par se produire et le plus tôt sera le mieux.
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