Ce matin, c'est plus froid qu'à l'habitude. Nous nous sommes abandonnés à Jésus cette nuit mais une couverture de plus aurait été appréciée. Notre chambre est une oasis de noirceur et je n'ouvre les yeux qu'à 6:45. On se prélasse et on profite de notre chance d'être comme à l'hôtel. En plus, l'auberge est presque vide. Ça fait beaucoup de bien au corps et à l'esprit.
Nous ne marchons que 14 kilomètres aujourd'hui car nous souhaitons faire étape dans la grande ville d'Astorga demain soir. Nous avons opté pour deux étapes de 14 et 17 plutôt qu'une seule de 31. Et ça cadre parfaitement dans notre désir de prendre notre temps et de ne pas forcer la machine.
Nous avons établis nos journées de marche pour ce qui reste du chemin jusqu'à Santiago et nous prévoyons y être le 16 mai. À trois ou quatre reprises, nous ferons plus de 20 kilomètres quotidiennement mais ca tournera principalement autour de 17.
Notre routine du déjeuner est différente des premières semaines. Le chemin exige tellement de sacrifices que nous ne nous contentons plus de bouts de pain, de yogourt et de fruits pour amorcer notre marche. Quand c'est possible, le café con leche et les tostadas ou les croissants sont devenus un "must" au sortir de l'auberge le matin. Et ce matin ne fait pas exception et on se régale.
Le temps est frais et nous devons ressortir gants et foulards. Les mollets restent à l'air par contre. Les nuages épais et blanc gris font rapidement place à de grosses boules ouatées bien blanches sur un ciel bleu toujours grandissant.
Nous nous dirigeons droit sur une chaîne de montagnes et nous savons ardemment que les 200 kilomètres de rases plaines que nous parcourons depuis des jours céderont leur place incessamment à des conditions de marche beaucoup plus difficiles. Les monts enneigées qui s'offrent à nous sont époustouflants et leurs sommets sont d'un blanc immaculé. C'est de toute beauté. Il y a longtemps que l'on n'a pas marché dans un décor aussi magnifique.
En ce samedi premier mai, tout comme chez nous, c'est la fête des travailleurs et ironiquement, on n'aura rarement vu autant de tracteurs au travail dans les champs.
Après la pause de Villarente, nous ne sommes qu'à cinq kilomètres de notre destination et notre rythme effréné nous y mène pour midi. Qui aurait cru que 15 kilomètres seraient de la petite bière ? Trois heures trente, café inclus, nous sommes très satisfaits. Nous nous arrêtons à l'Hospital pour la nuit, histoire de se reposer et de reprendre des forces.
L'auberge paroissial de Hospital de Orbigo se trouve tout juste de l'autre côté du plus long pont médiéval de tout le camino. Il est en restauration et recouvert d'échafaudages mais très impressionnant malgré tout. Imaginer que dans des temps ancestraux, ce pont servait aux gens de l'époque, est à nouveau un voyage dans le temps intéressant.
Tout comme chaque nouvel endroit où nous longeons, tout est différent de ce que nous avons connu précédemment. C'est beau, accueillant, propre et convivial. Les atriums à ciel ouvert au centre des refuges sont très populaires et celui-ci est particulièrement coquet. Nous logeons malgré nous dans une chambre de dix et la co-habitation se passe bien.
Installation, tâches, diner, terrasse, bière, tapas et sieste. Loulou la coquine a réussi à me faire acheter à mon insu ma pâtisserie d'anniversaire et elle s'est même procuré une chandelle deux jours plus tôt dans une auberge où l'hospitalera était très gentille. C'était vraiment mignon pour souligner mon anniversaire, sans oublier aussi ce matin la carte de fête de mes enfants et leurs copain copine qu'elle m'a remise au petit déjeuner. Il faut dire que j'avais déjouer ses plans bien malgré moi deux jours avant notre départ lorsque j'avais trouvé dans son sac à dos deux chandelles, un 4 et un 6. Elle s'est vraiment bien reprise.
En fin d'après-midi, nous passons un bon moment à discuter avec Pascal, un français de près de 60 ans et producteur de Champagne. Il est vraiment sympathique. Il est arrivé sur le chemin seul mais s'est trouvé deux compagnons de route bien malgré lui. Le premier, un espagnol qui ne parle pas français alors que lui-même ne parle pas espagnol. Ils sont tellement drôles à voir aller. Ils finissent toujours par se comprendre et semblent être amis depuis des lunes. Le deuxième, une jeune japonaise qui voyage seule et qui parle un peu anglais comme lui. À Burgos, elle a eu maille à partir tôt le matin avec quelques malfaiteurs et Pascal était là par hasard et l'a sortie du pétrin. Depuis ce temps, elle ne le quitte plus d'une semelle. Pascal prend tout ça avec grain de sel et accepte bon an mal an de marcher en leur compagnie.
Nous allons souper au restaurant pour mon anniversaire et Pascal nous accompagne. Arrivés au resto, la jeune japonaise est déjà là seule à sa table et nous nous joignons à elle. Elle est si aventurière et si timide à la fois. L'interaction entre nous quatre est sympathique. Aussi bizarre que ça puisse paraitre, elle photographie tous les plats qu'elle consomme avant de les manger. Elle place même les ustensiles de façon artistique. Il parait que c'est très tendance au Japon et elle met toutes ces photos sur son blog.
Cette journée a été l'une de nos meilleures sur le camino. Rythme de marche, température, paysages, rencontres, bouffe et surtout, surprises d'anniversaires. Aujourd'hui, ce n'est pas 46 ans que j'ai eu mais 45 y uno año. Ça me va !
mardi 4 mai 2010
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